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Marcel Trillat, le journalisme tel qu’il devrait être

Marcel Trillat nous a quitté le 18 septembre 2020.
Et avec lui un bout de la mémoire de la classe ouvrière
Marcel Trillat c’était le journalisme tel qu’il devrait être.

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MARCEL TRILLAT, le journalisme tel qu’il devrait être

Marcel Trillat nous a quitté le 18 septembre 2020.
Et avec lui un bout de la mémoire de la classe ouvrière
Marcel Trillat c’était le journalisme tel qu’il devrait être.
Le journalisme tel qu’il a été parfois...rarement à la télévision.
Fils de paysans résistant né pendant la guerre, le jeune Marcel s’engage avec ses camarades communistes contre la guerre d’Algérie.

Repéré en 1965, lors d’une émission de cinq colonnes à la une, dans la ferme familiale tenue par sa sœur, il fut engagé ensuite comme jeune journaliste par les trois pierre : Pierre Desgraupes , Pierre Dumayet et Pierre Lazareff. "Les papas", comme on les appelait du temps où la médiocrité bien maline n’avait pas totalement envahi les écrans.
Avec "les papas", Marcel a pris ce métier à cœur et l’a appris.

Le 1er mai 1967, Marcel a convaincu "les papas" de se faire envoyer avec Hubert Knapp à Saint-Nazaire pour un reportage autour d’une grande grève ouvrière. Les papas savent les limites de l’ORTF controlée directement par le pouvoir gaulliste. Mais ils lui disent : "Vas-y Petit ! Fait le sujet autour du 1er mai, du muguet, on verra si ça passe !"

Mais plus que la vente du muguet, ce que Trillat et Knapp filment, un an avant le joli moi de mai 68, c’est est un exemple de lutte solidaire et victorieuse. Un mauvais exemple quoi…
Marcel découvre alors la censure d’Etat.
Même protégé par "les papas" ça ne suffira pas à faire passer le sujet.
Comme toujours dans ce genre de situation, le film sera détruit…
Sauf que là, Marcel et ses camarades techniciens ont sauvé les bobines de la destruction. Ce reportage, Marcel nous l’avait montré avec fierté et émotion.
Cette fierté et cette émotion qui habitait la classe ouvrière, consciente de former un bloc solidaire.
Ce reportage volé à la censure, Vous pouvez le retrouver en libre accès ici sur CinéMutins.

La suite du parcours du jeune Marcel est un exemple d’engagement, d’honnêteté, de professionnalisme qui sera salué toute sa carrière, y compris par des journalistes loin de ses idées.

Il sera remercié plusieurs fois... Viré de la télé après Mai 68, et même de Lorraine coeur d’Acier, la radio libre que la CGT lui avait confié… avant de le virer finalement. Trop libre le Marcel !

Il restera malgré tout fidèle à ses idées et à ses camarades, syndicaliste à la CGT, jusqu’au bout. Il reviendra à la télévision de service public après la victoire de la gauche en 1981, mis au placard par la droite en 1986 puis par la gauche en 1991 après avoir été pourtant élu par ses collègues directeur adjoint de l’information d’Antenne 2.

Marcel Trillat a consacré la suite de sa vie à la réalisation de documentaires.
Ce parcours, il le confie dans VOIX OFF que vous pouvez voir sur Cinémutins avec quelques uns de ses films.

A travers ses documentaires, Marcel Trillat est resté fidèle à la classe ouvrière, aux prolos, aux précaires, aux invisibles, qu’il a filmé sans complaisance mais avec respect et humanité... Un modèle qui peut inspirer les nouvelles générations de journalistes, celles et ceux qui croient encore à un journalisme tel qu’il devrait être.

Olivier Azam

ARTICLE DANS L’HUMANITÉ

- Marcel Trillat, profession journaliste, par Marie-José Sirach (14/04/21)

Extrait de l’article de Marie-José Sirach : "Marcel Trillat avait choisi ce métier par conviction, il avait choisi de filmer cette classe ouvrière invisibilisée, avec respect et humanité. Résister, ne pas se soumettre, disait-il : « Si tu te soumets, tu seras obligé de t’incliner, toujours plus bas, jusqu’à ce que tu aies le nez sur la moquette. » « Y a pas de limites, ajoutait-il. Si tu commences à t’incliner, c’est foutu. »

En l’écoutant, on ne peut s’empêcher de penser que ce film devrait être montré dans toutes les écoles d’apprentis journalistes, dans toutes les rédactions. Trillat ne parle pas de son métier au passé. Sans jamais faire la leçon, ce n’était pas son genre, il rappelle les fondamentaux du journalisme : enquêter, révéler, mais aussi écouter, observer, savoir entendre dans les silences la révolte ou la détresse, saisir dans les regards de ses interlocuteurs des éclairs de vérité ou de mensonge, aller chercher l’info là où elle se trouve, ne pas céder aux sirènes de la facilité, choisir un point de vue, le tenir et l’assumer. Le témoignage de Marcel nous est précieux. À l’heure où le journalisme est discrédité tant il se perd dans la course au buzz, entendre Trillat défendre une autre conception du métier remet les pendules à l’heure."

- à lire en entier ici

ENTRETIENS FILMÉS EN LONGUEUR

VOIX-OFF raconte le parcours de Marcel Trillat. Aussi, nous vous signalons une série d’entretiens très complets réalisés par Jeanne Menjoulet pour Canal U CHS Monde contemporain à voir ici en libre accès :

- UNE ENFANCE DANS LA RÉSISTANCE AU PIED DU VERCORS : MARCEL TRILLAT
- JEUNESSE ET ENGAGEMENT AU TEMPS DE LA GUERRE D’ALGÉRIE : MARCEL TRILLAT
- LES ANNÉES "CINQ COLONNES À LA UNE", LES DÉBUTS D’UN JOURNALISTE DE TÉLÉVISION : MARCEL TRILLAT
- MAI 1968 À L’ORTF (ET LES RAPPORTS ENTRE "GAUCHISTES" ET COMMUNISTES)
- RADIO LORRAINE COEUR D’ACIER, 1979-1980

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