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Le cabanon de Marcel

VF • Accès : Monde • Durée : 1h30
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Ecologie Enquête Histoire Mer Santé Travail
Documentaire Réalisé par Mathieu Verboud (France, 2020)

Autant le dire tout de suite, Marcel est mort. Pourtant, il est toujours là, quelque part. C’est cela – entre autres – que filme Mathieu Verboud dans "Le cabanon de Marcel" : un passé bien présent, un paradis pas tout à fait perdu. Ce paradis, c’est celui des habitants de la zone de Fos, dont le paysage a été métamorphosé par plusieurs vagues d’industrialisation à partir de la fin du XIXe siècle. Le documentariste s’attarde plus précisément sur la petite commune de Port-Saint-Louis-du-Rhône, au confluent du parc naturel régional de Camargue et du bassin industriel de Fos. Une situation géographique qui place ses riverains dans une sorte de dilemme insoluble.

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Viscéralement attachés à leurs terres, les Port-Saint-Louisiens que filme Mathieu Verboud ne peuvent ignorer les monstres qui crachent fumées et substances toxiques. Pourtant, ils refusent de quitter ce lieu qui les a, et qui les rend toujours, heureux. À la base journaliste, l’auteur du Cabanon de Marcel a réalisé par le passé des documentaires d’investigation sur des sujets aussi variés que “les enfants battus, la finance criminelle, les mensonges du Vatican…“. Bref, des “sujets qui font pleurer”, résume Mathieu Verboud. Cette fois-ci, il a choisi la “chronique de village”. Une autre forme d’investigation, moins spectaculaire, plus humaine, ancrée, moins anxiogène. Mais dont le sujet est tout aussi dramatique.

Cette présentation du film est tirée du très bon site Mars Actu où vous pouvez aussi retrouver un long entretien avec le réalisateur.

PRÉSENTATION DU RÉALISATEUR

Cette histoire se passe dans deux communes séparées par l’embouchure du Rhône, mais reliées par un bac, à quelques 70 km à l’ouest de Marseille.

Sur la rive gauche du fleuve, à Port-Saint-Louis-du-Rhône, vivent Jacques, le bijoutier et Luc, le pâtissier. Deux « Camarguais dans l’âme », l’un pêcheur et motocycliste, l’autre marcheur et cycliste, deux regards qui s’allument à la simple évocation de l’art de vivre au cabanon vers la plage Napoléon. Un art de l’hospitalité qu’a incarné jusqu’à son dernier souffle leur vieil ami Marcel.

En prenant le bac pour la rive droite du Rhône, on arrive aux Salins-de-Giraud, énigmatique cité ouvrière, « si vide et silencieuse la nuit qu’on se croirait en temps d’épidémie ». Ainsi parle Angeline de cette commune qu’elle n’a jamais quittée. Retraitée, c’est de sa fenêtre, à l’écoute des bruits qui montent vers elle, qu’elle sent le monde changer. Elle guette la sirène de Port-Saint- Louis sonnant de l’autre côté du fleuve ; ausculte inlassablement le frisson du Rhône ; se désole de l’absence de pont sur le fleuve ; prédit une montée inéluctable des eaux de la Méditerranée.

Jacques, Luc, Angeline, autant de mémoires vivantes d’un Eden de bord de mer sous le signe de la croix de Camargue, où, contrebande et braconnage obligent, les conflits se règlent depuis toujours à coups d’escopette et de noyades dans les marais. Un écho saisissant aux écrits de Jean Giono sur les plates étendues de l’embouchure du Rhône : « Les fantômes sont les habitants de ce grand jour. La croix est ici orgueilleuse de ce qu’elle a porté. Le cœur qui s’érige partout en symbole est très exactement la représentation du muscle et non de l’âme ».

Depuis Giono, rien n’a changé alors que tout a changé. En arrière-plan permanent de nos personnages, deux environnements aussi dissonants que possible : à l’Ouest, la réserve naturelle de Camargue, l’une des plus grandes zones humides d’Europe ; à l’Est, la ZIP de Fos, la plus grande zone industrielle jamais construite en France, née dans les années 1960. Deux mondes irréconciliables sur le même espace. Ici, sur l’embouchure, il fait bon vivre mais le danger plane.

A quoi ressemble une vie « coincée entre le paradis et le cancer » ? Cette question se pose au quotidien pour Angeline, Luc, Jacques sous toutes les formes possibles. Émerge alors une chronique villageoise aux allures de fable, dont ce film est la trace sonore, visuelle, physique, mentale. Cette fable résonne de façon troublante en ces temps de pandémie, à l’heure de repenser nos sociétés. Ce que nous vivons, ces personnages le vivent au ralenti depuis 50 ans. Ils se voient comme des cobayes mais ce sont aussi des « rescapés » (des survivors, disent les Anglo-saxons).

Ce film a été fait tout au long de l’année 2019. Un temps assez long pour ouvrir les portes du passé et peut-être du futur. Dans cette histoire, le temps, comme le fleuve, s’écoule. Temps collectif d’abord, raconté par les tournages, égrené aussi par des images d’archives : archives cinématographiques des années 1940 ; films de famille tournés en film 8mm dans les années 1960 sur les parties de pêche au cabanon, comme autant de mythes familiaux. Nos personnages ont vécu la Camargue avant les usines puis ont été les témoins d’une transformation colossale de leurs espaces de vie. Leurs esprits ont été façonnés par cette confrontation insoluble entre leur histoire et leur géographie... Temps individuels aussi. Jacques, le bijoutier, le déplore mais c’est ainsi : les écoliers apprennent qu’ils vivent dans une zone particulièrement polluée et se mobilisent dans le cadre éducatif. Arrivés à l’âge adulte, l’esprit est à trouver un travail et une poussette pour le bébé. La conscience environnementale renaît à la quarantaine.

Un film porté par une attention constante à ces populations locales que les usines font vivre et que la pollution fait mourir. Il me fallait tisser leurs histoires en un long et même fil, avec la même patience et minutie que Luc, le pâtissier, continûment affairé à ses gâteaux de mariage, d’anniversaire et de communion chaque fois qu’il me parle. C’est ainsi que j’ai pu appréhender le télescopage permanent qui se joue dans les têtes entre paysages physiques et paysages mentaux, entre feu des usines et vents constants qui répandent partout la pollution. Tout ici parle de séparation et de sort commun, de césure et de trait d’union, d’oubli et de mémoire.

« Ni partir, ni mourir » disent les plus intrépides en traversant le Rhône.

Mathieu Verboud

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