CinéMutins

Se connecter / s'inscrire

René Vautier

Depuis son premier film, Afrique 50 (1950) René Vautier a participé à la réalisation d’environ 180 films et un engagement inégalé dans l’histoire du cinéma. Après avoir filmé la guerre d’Algérie, du côté des combattants algériens, le cinéaste anti-colonialiste a réalisé Avoir 20 ans dans les Aurès, qui est devenu un grand classique du cinéma français.

En savoir plus

Beaucoup de ses films ont été censurés, perdus, détruits, projetés jusqu’à l’usure. Une partie de son œuvre est peu à peu retrouvée, reconstituée, restaurée et mise à disposition ici.

RENE VAUTIER, CE QU’IL A VU, CE QU’IL SAVAIT, CE QUI EST VRAI

Avoir 20 ans dans les Aurès est un titre qui reste dans les mémoires. Derrière ce titre, un film de René Vautier, le cinéaste le plus censuré de l’histoire du cinéma français mais aussi le plus tenace. « Le petit breton à la caméra rouge » est mort le 4 janvier 2015, à 87 ans, laissant une œuvre immense.

Résistant alors qu’il était gamin pendant la Seconde Guerre mondiale, René Vautier a toujours été en avance sur tout. A la sortie de la guerre, ses camarades de maquis, à qui le jeune breton récitait des poèmes, le poussent plutôt vers le cinéma. Des poètes, ils en connaissent assez, mais un cinéaste ça pourrait bien être utile un jour ou l’autre… René Vautier apprend vite et il sort même premier de sa promotion à l’IDHEC (1). Alors, s’ouvre à lui la possibilité d’une carrière confortable dans le cinéma ou dans la toute nouvelle télévision... Mais le jeune René a tellement aimé les mots de Paul Eluard qu’il en a fait un principe cinématographique : « Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai ». Un principe qui va le conduire hors des sentiers battus.

René Vautier se retrouve vite confronté à son principe. En 1949, la ligue de l’enseignement l’envoie en Afrique et il filme ce qu’il voit, ce qu’il sait, ce qui est vrai… C’est à dire les véritables effets de la colonisation française loin des images exotiques des manuels scolaires de l’époque. Et pour filmer, le jeune cinéaste doit d’abord désobéir à l’autorité française, qui l’oblige à être accompagné par un représentant de l’Etat validant ses prises de vues. Et cela, pour respecter un décret colonial de 1934, émis par un certain… Pierre Laval ! Pour le jeune Vautier, décoré de la croix de guerre pour ses actions de résistance aux nazis et aux lois du même Pierre Laval, il est hors de question de se plier à cette injonction. Il part alors en cavale, caméra au poing… Une cavale qui durera toute la vie ! Son premier film signé sera Afrique 50 (2), premier film anticolonialiste français, film miraculeusement sauvé et officiellement interdit pendant presque un demi-siècle, mais qui circulera partout sous forme de projections militantes clandestines.

René Vautier était à l’avant-garde et donc le pouvoir a toujours essayé de le réduire au silence : grenades à tir tendus pendant les manifs, visas de censure, mais aussi la prison et les destructions de bobines. Pendant la guerre en Algérie, l’armée française lui a carrément tiré dessus, lui laissant le souvenir d’un morceau de caméra dans la tête. Des balles contre des images !

René Vautier, qui a toujours choisi clairement son camp, avait eu l’audace de « passer du côté algérien » et pour l’Etat français, il était donc un terroriste comme les autres. Pour autant, même dans le maquis, le cinéaste breton ne fit aucune concession à ses principes, au point de se retrouver ensuite dans une prison du FLN. Entre autres libertés, le cinéaste avait osé filmer des combattants algériens, en uniforme, ne pouvant contenir leurs larmes après la mort de leurs camarades. Il l’avait vu, c’était vrai, alors il l’avait montré et défendu son principe de cinéaste, quels qu’en soient les risques encourus.

René Vautier a défié la censure toute sa vie, jusqu’à faire tomber le principe de visa de censure politique en France, après sa grève de la faim en 1973 pour le film de Jacques Panijel, Octobre à Paris, qui racontait le massacre des manifestants algériens par la police française en 1961.

Mais la censure économique a remplacé la censure politique. Et comme il avait toujours un train d’avance, René Vautier avait compris ça très vite. A son retour d’Algérie, il avait encore choisi les chemins de traverse en produisant et diffusant ses « images sans chaînes » avec l’UPCB, grâce à des souscriptions et des "réseaux parallèles" de diffusion.

Malgré toutes les difficultés rencontrées, « le petit breton à la caméra rouge » laisse une œuvre cinématographique très originale, des films sensibles, des films drôles, des documentaires et des fictions, très loin de la caricature habituellement faite du cinéma dit « militant », marginalisé par les chiens de gardes cultureux. Personne n’a tourné autant que lui. On l’a repéré dans environ 180 projets, depuis La grande lutte des mineurs de 1948 (film signé par Louis Daquin). Beaucoup d’images ont été détruites ou perdues. Malgré son prix à Cannes en 1972 pour Avoir 20 ans dans les Aurès (3), d’autres projets de fictions n’ont jamais vu le jour. Mais à chaque mètre de pellicule retrouvée, René Vautier prend toute son ampleur dans l’histoire du cinéma.

Dans chacun de ses films, on retrouve la patte du cinéaste. Bien sûr, parce qu’il n’a jamais hésité sur la place de sa caméra, toujours du côté des gens qui s’opposent au pouvoir, mais même dans cette position inconfortable, même au milieu des gaz lacrymogène, il arrivait toujours à faire acte de cinéma, avec poésie, humour, intelligence, avec ce goût du récit tellement généreux. Aujourd’hui, les films de René Vautier circulent partout dans le monde.

Dans Le remords, un court métrage de fiction de 1974, René Vautier joue lui même le rôle d’un cinéaste qui explique à sa compagne qu’il ferait bien un film pour dénoncer une infamie dont il vient d’être le témoin : un arabe se faisant tabasser par un flic et personne n’a bougé ! Lui non plus n’a pas bougé, mais il voudrait crier au monde cette infamie en réalisant un film… Mais le personnage se ressaisit vite. Il sait que le film ne pourra pas se faire. Le prix à payer serait insurmontable pour sa carrière, il serait « grillé » (comme on dit maintenant). Sa compagne le traite d’abord de minable, mais le cinéaste trouve vite les arguments pour la mettre elle aussi au pied du mur des sacrifices qu’elle devra faire pour ce projet. D’un piteux commun accord, le film ne se fera donc pas…
Toute sa vie, René Vautier a fait exactement le contraire de ce qu’il ironise dans son scénario, il a raconté l’arabe qui s’est fait tabassé par le flic, il a raconté aussi celui qui se lève et qui dit non, et qui gagne parfois, mais encore… René Vautier a raconté en images ce qu’il a vu, ce qu’il savait, ce qui est vrai.

Olivier Azam, janvier 2015

(1) Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques
(2) Le DVD d’Afrique 50, accompagné du livre contenant notamment le récit de René Vautier est édité dans la collection « mémoire populaire » - Les Mutins de Pangée : http://www.lesmutins.org/afrique-50
(3) Le coffret DVD Avoir 20 ans dans les Aurès est édité dans sa version restaurée, ainsi que 14 autres films inédits - Les Mutins de Pangée : http://www.lesmutins.org/rene-vautier-avoir-20-ans-dans-les

Les autres collections

La VOD moins chère et plus simple avec

Les cartes prépayées