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Le filmeur

VF • Accès : France • Durée : 01H40
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Famille
Documentaire Réalisé par Alain Cavalier (France, 2005) Proposé par Pyramide Films

À partir de son journal intime filmé en vidéo entre 1994 et 2005, Alain Cavalier nous invite avec humour et sensiblité à une méditation sur la vieillesse, la vie, la mort...
Instants de vie, éclats d’images, il compose une mosaïque où le spectateur est invité à trouver sa place par-lui-même.

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"Les premiers plans du film ont été tournés en 1994, au moment où j’ai préféré tenir mon journal intime avec une caméra plutôt qu’avec un stylo. Les dernières images datent de 2005. La vraie difficulté dans le choix et l’organisation des plans, c’était le repérage des non-dits et leur mise en valeur. Quand vous filmez sur le vif, vous ne faites pas de commentaires, vous ne cherchez pas à être lisible, vous vivez. Comme il est normal pour un journal cinématographique, j’ai tourné seul. J’ai rejoint un vieux rêve de metteur en scène devenu cinéaste avant d’être filmeur : me trouver seul avec la personne qui est seule devant mon objectif. C’est une manière d’élargir ma relation avec ceux que je choisis ou qui viennent vers moi. [...]"

Alain Cavalier

Une bouteille de vin dans l’évier

Pour l’émission Cinéma-Cinémas, Cavalier réalise une petite lettre en 8 mm où il évoque en à peine quinze minutes le projet de Thérèse et sa mise en condition - qui passe par vider une bouteille de vin dans l’évier, effet exagéré et assumé car « c’est de la mise en scène ». On trouve dans ce petit film de 1982 la genèse de son travail à venir. Il y parle de l’angoisse de la préparation, du fait de se retrouver seul, devant une page blanche, alors que le cinéma c’est de la couleur, du monde, qu’un film se fait à plusieurs. Il n’est pas encore à ce moment-là dans une expérience de cinéma solitaire mais les choses sont déjà en place. Il explique qu’il filme beaucoup avec sa petite caméra 8 mm, les pellicules étant « développées ou pas, car ce qui compte c’est le geste de faire le film, le geste de faire le cinéma… c’est ça qui compte ». Tout un mouvement du cinéma de Cavalier consiste à garder des traces. Il ne supporte pas de voir les choses disparaître, les souvenirs s’effacer. Ces traces, il les imprime d’abord par l’écrit mais, avec l’arrivée des petites caméras numériques, il peut les fixer en image, en faire la matière de son cinéma. Vivre et filmer sont devenus deux choses complètement imbriquées dans sa vie. Cavalier raconte qu’il s’installe dans un pièce là où il pourrait filmer, même s’il ne le fait pas : il est toujours, à chaque seconde, dans le cinéma. Lorsqu’il perd ce qu’il a tourné sur un mois (ce qui arrive dans ce film), c’est comme s’il y avait un trou dans sa vie.

Le Filmeur est ainsi construit en enregistrant, sur des images prises tout au long de plusieurs années. Ce n’est plus à partir de l’écrit que le film se forme mais à partir du geste de filmer. Cavalier passe à l’autobiographie avec Ce répondeur ne prend pas de messages, mais sous une forme encore scénarisée, en passant par la mise en scène de sa vie (il se joue dans le film).

La Rencontre est un film à deux voix qui repose sur la présence de Françoise Widhoff. Avec Le Filmeur, Cavalier est vraiment dans le « Je ». La caméra crée une distance qui fait que le point de vue d’un film équivaut au « Il » de l’écrit. Alain Cavalier cherche, lui, à s’approcher du « Je » littéraire. Avec sa petite caméra et la forme du journal intime, il est dans ce « Je » ; mais ce qu’il recherche vraiment, c’est un cinéma où il n’y aurait plus ni « Il », ni « Je », un « paysage où il n’y aurait plus de mots ». Le journal intime est une sorte de « facilité » où le « Je » s’impose, mais son idéal demeure un film où il parlerait d’un tiers mais à la première personne. Thérèse, Vies, René ce sont approchés de cet idéal de cinéma. Mais cette recherche est épuisante, sans fin, et Le Filmeur fait partie de ces films dans lesquels Cavalier se ressource.

Mais s’il part de sa vie, de son intériorité, Le Filmeur n’est pas pour autant un film replié sur lui-même. Partant de l’intime (le film est marqué par la mort du père d’Alain Cavalier, Irène s’ouvrira sur celle de sa mère) il partage énormément de choses avec le spectateur. Ce n’est pas une œuvre refermée mais bien au contraire un film d’une incroyable universalité. Le journal n’est pas une forme de cinéma où Cavalier se replie sur sa personne : « Filmer seul est le contraire de la solitude. Tout est dans l’échange avec la personne que je filme » explique-t-il ici. Ou encore, lorsqu’il filme Françoise Widhoff : « Comme elle est seule devant moi, c’est mieux aussi de l’être en face d’elle, on traite à égalité ». Cavalier s’attache à ses proches, il recherche leur confiance et filme leur abandon à la caméra. Lui-même est dans un total état d’abandon ; et de ces choses très intimes, personnelles qu’il enregistre, il extraie ce qui peut résonner avec le spectateur. Le Filmeur parle ainsi de manière bouleversante de la vieillesse (devant un arbre de Chine, Cavalier soupire « Tous les deux, on entrera dans les mois sombres. Et on attendra ensemble le printemps ») et de la mort (l’image d’Antonioni agonisant dans un chambre d’hôtel de Nice que Cavalier occupe un soir ou encore celle de son ami Claude Sautet). Cavalier évoque le regret du temps qui passe lorsqu’il filme des enfants endormis et chuchote un doux « On était comme eux ». Il met en image les pensées d’amour lorsqu’il dit que « Quand je suis loin de toi, tout me fait penser à toi » et qu’il filme des images qui incarnent cette pensée qui va vers l’être aimé. Il parle des lieux que l’on habite, d’un déménagement forcé car le loyer est trop cher, de la maison où ses parents ne peuvent plus vivre. Il y a un lien très fort entre les lieux et la vie, et Le Filmeur s’attache tout particulièrement à montrer comment on habite le monde en habitant d’abord un lieu. Et lorsque les lieux changent, c’est un peu de la mort qui gagne du terrain.

Le corps aussi est un lieu que l’on habite et Cavalier le filme sous toutes ses coutures, guettant là encore la présence de la grande faucheuse : prise de poids, blessures, maladies, rides. Cavalier trouve des bébés écureuils morts. Il les filme et ça l’apaise. Il se sent libéré en enregistrant l’image de ces petits corps morts, comme si filmer lui permettait d’apprivoiser la mort. Il y a d’autres corps d’animaux dans le film : « Comme il ne s’agit que d’animaux, personne ne me montre du doigt parce que j’enregistre la mort à son établi, comme je suis au mien en gardant des traces de vie ». Contre l’inertie de la vieillesse et de la mort, il y a donc pour lui, toujours, cet acte de filmer.

Cavalier, qui a quarante-sept ans de mise en scène derrière lui, apprend encore avec ce film : « Parler et filmer en même temps... et ben je n’y suis pas encore ». Et aussi : « Je ne suis pas certain que la fin du film soit bonne. J’ai mis des mois à la chercher. La vie n’a pas de fin ». Le Filmeur est un film magnifique sur l’amour, sur la façon dont il résiste au temps qui passe, un film bouleversant sur la vie qui résiste encore et encore à la mort.

Olivier Bitoun (DVD Classik)

Revue de presse

Le Monde  : "Archiviste de l’intime, Alain Cavalier (...) compose une oeuvre qui lui ressemble. Personnelle et poreuse, généreuse et drôle, légère et profonde, fragile et politique."

Le Nouvel Observateur : "Alain Cavalier nous offre un film violent et drôle comme la vie, un film unique (...). On sort de ce film avec la sensation d’avoir découvert quelque chose d’unique, "l’original" d’un artiste."

Les Inrockuptibles : "Dix ans de la vie d’un artiste de cinéma nommé Alain Cavalier. Simplement sublime."

Libération : "Cavalier est lié, profondément, à tout ce qu’il voit, regarde, enregistre, souvent avec la rigueur du plan fixe, à toutes ces histoires et ces gens qu’il sélectionne au montage. Et en même temps il est seul, tout seul, jusqu’à l’angoisse et à la folie parfois."

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